Analyse sectorielle de la création d'entreprises en Yvelines

L'étude des créations d'entreprises par secteurs d’activités peut être menée en considérant :
- Le taux de pérennité des entreprises ;
- L’évolution du nombre de créations et de défaillances entre plusieurs années ;
 
(en raison de l’apparition du régime auto entrepreneur en 2009, il est intéressant de présenter ici les données pour les années 2008 et 2010) 
- Le taux de transformation par secteur d’activité des projets accompagnés par Athèna BGE Yvelines, appuyé par le ressenti des conseillers qui les accompagnent au quotidien. 

Taux de pérennité

Les seules données actuellement disponibles sur la pérennité des entreprises sont des données nationales issues de l’enquête Sine de l’INSEE portant sur la génération des entreprises créées en 2002 cinq ans après leur création. 
Cette enquête montre que :
- En 2007, cinq années après leur création, 52 % des entreprises sont toujours actives. C’est au cours de la première année d’existence que les cessations sont les plus nombreuses : 12 % des entreprises créées en 2002 cessent leur activité au cours de leur première année d’existence.
- Les sociétés survivent mieux que les entreprises individuelles : 59 % des sociétés existent toujours cinq ans après leur création contre 47 % des entreprises individuelles.
- De même, le secteur d’appartenance d’une nouvelle entreprise a une incidence sur son avenir. Ainsi, 53 % des entreprises créées dans le secteur de l’industrie sont toujours actives en 2007 contre 46 % pour celles du commerce et de la réparation.

   

Nombre de créations et défaillances

Le département des Yvelines est un des départements d’Ile de France qui enregistre le plus fort taux de création sur les dernières années. 

 

En 2008, le département a comptabilisé 6 465 créations d’entreprises (8% du nombre de créations en IDF), dont 54 % dans le secteur des services, 29% dans le commerce, 17% dans le secteur des activités secondaires. La même année, 782 entreprises ont fermé, dont 37% dans le secteur des services, 30% dans le commerce, et 24% dans la construction (3% dans l’industrie). 

En 2010, le département a comptabilisé 13 984 créations dont 57,9% dans le secteur des services, 29% dans des activités de type commerce, 13 % dans le secteur des activités secondaires. 
Parmi ces créations, 72,8% ont été créées sous la forme d’entreprises individuelles, et 63,8% en tant qu’auto-entrepreneurs soit 23% de plus qu’en 2009.
Pour le secteur des services, le taux d’auto-entrepreneurs représente 65,6% des créations.
Pour le secteur du commerce, 63,2%.
Pour le secteur de la construction, 54,5 %.
La même année, 1 017 entreprises ont dû fermer, dont 44% dans les services (SAP et services aux entreprises), 28% dans la construction, et 22% dans le commerce.

On peut déduire de ces chiffres que l’arrivée du régime auto-entrepreneur a accentué le phénomène de concurrence dans le secteur des services. Ce dernier a encore gagné en attractivité (de 54 à 58%). On note également une sinistralité proportionnellement accrue pour ce secteur d’activité (de 37 à 44%).

Les constats effectués sur le régime auto-entrepreneur à partir des chiffres départementaux se retrouvent à l’échelle nationale, le département des Yvelines se situant toutefois dans les départements ayant enregistré les plus fortes croissances :
- Entre 2009 et 2010, le régime de l’auto-entrepreneur a augmenté de 12%, alors que les autres entreprises s’inscrivaient dans la stabilité (+1%).
- Le secteur d’activité de type service rassemble la part la plus importante de créations : 47%.
 

 Le succès du régime auto-entrepreneur semble donc être à double tranchant : s’il a participé à la hausse des créations, il a aussi provoqué une fragilité des entreprises créées (ou déjà créées par effet de concurrence) dans le secteur des services : qui enregistre le taux de disparition et le taux d’auto-entrepreneurs les plus élevés en 2010. 

Taux de transformation des projets accompagnés par Athèna

L'étude des créations d'entreprises peut également être menée au regard de la difficulté à concrétiser les projets de création d’entreprise. Une comparaison sur trois ans a été effectuée sur les porteurs de projets reçus par BGE Yvelines :

On observe déjà entre 2008 et 2010, une augmentation positive du taux de transformation de 20 à 27% en moyenne, entre les personnes reçues en premier accueil et celles qui au terme de notre accompagnement créeront leur entreprise.
En comparant le taux de transformation du secteur d’activité avec celui moyen annuel soit 20% en 2008, 26% en 2009 et 27% en 2010, on peut noter :
- Une difficulté croissante à créer dans le secteur du commerce dont le taux de transformation reste stable de 21 à 23% malgré l’augmentation du taux moyen,
- Une difficulté moindre à créer dans le secteur des activités secondaires : de 23 à 41%,
  - Et un basculement dans le secteur des services : en dessous de la moyenne du taux de transformation en 2008 avec 18% contre 20%, et au dessus en 2010 : 32% contre 27%.
En analysant plus dans le détail pour le secteur des services :
- Un taux de transformation hautement supérieur à la moyenne dans le secteur des services aux entreprises de 23% à 44%,
- Un basculement dans le secteur des SAP (services aux particuliers) : de 19 à 33%, soit d’un taux de transformation inférieur d’un point à la moyenne en 2008 à un taux supérieur de 6 points en 2010.

Enfin, les conseillers en création d’entreprise de BGE Yvelines qui accompagnent les porteurs de projet au quotidien ont fait remonter les informations suivantes, confirmant les données explicitées plus haut ou déclinant localement les grandes tendances nationales :
Sur les secteurs d’activité :
- La croissance des services aux particuliers, avec une concurrence plus forte sur les services à la personne (agrément qualité),
- Une concurrence accrue pour les porteurs de projet dans le secteur du commerce, notamment implanté en centre ville,
Sur la population reçue :
- Une globalisation des projets en création d’entreprise : tout un chacun semble désormais en capacité de porter ce type de projet.
  L’APCE notait ainsi « Toutes les catégories de la population ont été concernées par la croissance observée entre 2002 et 2006 : hommes, femmes, jeunes, seniors, demandeurs d’emploi, actifs occupés… Cet engouement général pour le phénomène traduit probablement une évolution de la mentalité des Français envers l’entrepreneuriat […] Par sa simplicité, le régime de l’auto-entrepreneur a permis de faire « sauter les derniers verrous » qui empêchaient les Français de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat ». 
- De plus en plus de personnes créent par dépit, sans être préparées au métier de dirigeant.
- Une croissance des profils de cadres en reconversion, suite à un licenciement ou à une rupture conventionnelle.

En conclusion

Il apparaît donc que : 
- Le secteur des services est devenu toujours plus attractif (de 54 à 58% des créations entre 2008 et 2010) avec une plus grande facilité à créer, mais un taux de pérennisation contrasté : notamment une difficulté à pérenniser dans le secteur des services aux particuliers (moins de 50%), et à l’inverse un secteur éducation et santé plus pérenne (70%).
- Le secteur du commerce enregistre une attractivité stable (29%), mais montre une difficulté croissante à la création, et le taux le plus faible de pérennisation (46%).
- Le secteur des activités secondaires connait une baisse d’attractivité (de 17% à 13% des créations), mais une difficulté moindre lors du passage à la création, et une pérennité dans la moyenne.

D’autre part le statut juridique semble jouer un rôle déterminant dans la pérennité : les entreprises individuelles, et de fait les auto-entrepreneurs, ayant plus de probabilité de disparaître. 
Il est difficile aujourd’hui de conclure sur les résultats à moyen terme (5 ans) de la création de ce régime, mais couplé à la crise et aux profils des personnes porteuses de projet, il s’agira d’être vigilant dans les années à venir quant à la solidité des entreprises créées.

On peut cependant, dans ce contexte, relativiser l’intérêt pour le développement économique d’une politique trop appuyée incitant à la création d’entreprise.
En effet, dans un contexte qui laisse croire à une appropriation facile de la démarche entrepreneuriale (le régime de l’auto entrepreneur en est un symbole), une préparation solide des porteurs de projets s’impose.
L’expérience de terrain nous démontre que de façon très majoritaire les créateurs privilégient spontanément une politique de prix dumping pour capter leurs clients, hypothéquant leur survie à plus de 3 ans, car ils n’ont pas connaissance de leur prix de revient, et sont de fait non rentables à terme.
Mal préparés, ces projets obligent trop souvent le dirigeant à se contenter d’un niveau de revenu très faible.
De plus, ce qui apparait moins, c’est l’impact négatif sur l’équilibre des petites entreprises déjà en activité, qui vont perdre une partie de leur clientèle et se retrouver encore plus fragilisées.

En permettant aux femmes et aux hommes porteurs d’initiatives de faire des choix maitrisés, de connaitre les enjeux induits de la création d’entreprise, et de se préparer au mieux à leur nouveau projet de vie, les actions d’accompagnement portées par nos organismes contribuent à la maîtrise du risque et de fait à la dynamisation du développement économique et de la création d’emplois pérennes.

Bien entendu, nous n’encourageons pas toutes les initiatives : notre diagnostic permet d’éviter aux plus téméraires de se lancer dans un projet ne présentant pas les garanties minimales de viabilité.
En effet, même si notre accompagnement à la création d’entreprise ne débouche pas concrètement sur la création d’une structure, les nouvelles compétences acquises pourront être utiles pour la conduite de carrière professionnelle du demandeur d’emploi.

Ainsi, notre expérience nous amène au constat qu’il n’y a pas meilleure approche pour comprendre le fonctionnement d’une entreprise que de se projeter soi-même comme potentiel chef d’entreprise, ne fusse que pour quelques jours, avec pour impact de faciliter la relation salarié-entreprise, voire même d’encourager pour certains une dynamique entreprenante en tant que salarié au sein de l’entreprise.
Ce postulat se retrouve dans l’observation du retour à l’emploi salarié d’une partie de la population accompagnée par nos conseillers.